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Note Technique n°5 PHEMU 2/11/2002 ------------------------ |
1. Introduction
Les détecteurs CCD sont de plus en plus utilisés en astronomie
par les professionnels comme par les amateurs. Les applications photométriques
étant déjà classiques, cette note a pour but d'expliquer
en détails les précautions à prendre pour réaliser
une bonne calibration photométrique d'une caméra CCD. L'observation
des phénomènes mutuels pose cependant, des problèmes
spécifiques que nous aborderons ensuite. Nous verrons également
que les techniques de traitement d'image permettent d'étendre le
nombre de phénomènes observables par comparaison aux observations
photoélectriques. On peut ainsi observer des phénomènes
proches du limbe de Jupiter ou durant le crépuscule. Les premières
observations de phénomènes mutuels avec des caméras
CCD refroidies ont eu lieu lors de la campagne PHEMU91 et ont montré
tout l'intérêt de ce type d'observation (on se reportera au
catalogue PHEMU91 sur le serveur du Bureau des longitudes pour avoir des
exemples de courbes de lumière obtenues avec des récepteurs
CCD (http ://www.bdl.fr).
2. Calibration d'un récepteur CCD
a) Fonctionnement d'un CCD
Une explication élémentaire du fonctionnement d'un récepteur CCD est nécessaire pour bien comprendre le but des calibrations. Un CCD est une matrice de photoéléments: par effet photoélectrique, un certain nombre des photons incidents sont transformés en électrons. A chaque élément correspond un puits de potentiel ou les charges sont stockées. Lorsque l'intégration est terminée on déplace les charges jusque sur les bords de la cible du CCD. D'où le nom de CCD qui est l'abréviation anglaise de Caméra à Transfert de Charges. Les paquets de charges sont ainsi "sortis" un par un de la matrice. On mesure ensuite la tension de sortie de chaque pixel, qui est proportionnelle au nombre de charges contenues dans le puits de potentiel. Un convertisseur analogique-numérique permet ensuite de quantifier cette valeur.
b) Calibration photométrique
La transformation de la lumière en charges électriques est évidemment la partie la plus délicate de l'acquisition.
Carte d'offset:
Le premier problème est que tous les électrons ne proviennent
pas forcément d'une transformation consécutive à la
capture d'un électron. En effet la simple agitation thermique produit
des électrons libres. Il faut donc quantifier cette production qui
est variable d'un pixel à l'autre du fait des défauts de
fabrication. La méthode la plus efficace consiste à acquérir
une série de poses réalisées dans les mêmes
conditions de temps de pose, et de température qu'à la prise
de vue, mais dans l'obscurité totale. On met ici en évidence
un des points cruciaux d'une bonne observation CCD qui est la nécessité
d'une bonne régulation thermique de la cible. On peut faire la moyenne
d'une dizaine de telles images pour diminuer les effets du bruit de lecture.
La correction du bruit thermique se fait ensuite simplement en retirant
cette "carte d'offset" de chaque image acquise. Il est à noter qu'en
l'absence de tout électron thermique, le CCD produit toujours un
signal de sortie non nul. Cette valeur variable d'un pixel à l'autre
s'appelle l'offset électronique. Finalement avec cette méthode,
la carte que l'on mesure représente la somme des cartes de bruit
thermique et d'offset électronique. On réalise ainsi ces
deux corrections en une seule fois. Par la suite nous nous contenterons
de parler de carte d'offset.
Plage de Lumière Uniforme:
Le deuxième problème est que le rendement quantique de
chaque pixel n'est pas constant. Il est donc nécessaire d'avoir
une carte de sensibilité du détecteur. Pour cela il faut
éclairer le CCD avec une lumière calibrée. Si nous
supposons que la réponse de la cible est linéaire (ce qui
est très proche de la réalité), une lumière
uniforme peut suffire. On fabrique une carte de sensibilité de la
matrice en faisant la moyenne d'une dizaine d'images pour diminuer les
problèmes liés au bruit de lecture. Pour la correction d'une
image, on divise chaque pixel de l'image par le pixel correspondant de
l'image de la lumière uniforme (souvent appelée PLU pour
Plage de Lumière Uniforme ou Flat Field en anglais) et on multiplie
par la valeur moyenne de la PLU pour conserver la dynamique. Il faut réaliser
une PLU par filtre utilisé, de plus comme les conditions d'observations
changent d'une nuit à l'autre (température, poussières),
il est nécessaire de réaliser une PLU par nuit d'observation.
Les problèmes ne s'arrêtent pas là! Les photons
provenant des satellites galiléens sont passés au travers
de différentes optiques qui ont convolué le signal. La méthode
la plus souvent utilisée est de fabriquer des PLU pour l'ensemble
de système d'acquisition ; on a alors besoin d'une source uniforme
à l'infini. Ce n'est pas simple à réaliser! Ce problème
n'est d'ailleurs toujours pas convenablement résolu aujourd'hui.
Le moins mauvais est certainement d'utiliser le fond de ciel durant le
crépuscule en faisant bien attention au problème de lumière
parasite. Certaines personnes se contentent d'un écran blanc placé
à l'intérieur de la coupole. En plus de ces problèmes,
il est nécessaire de réaliser une PLU par filtre et par nuit
d'observation. En effet les conditions d'observation varient d'un jour
à l'autre (température, poussières...).
Méthode à suivre pour calibrer une caméra CCD:
En résumé, voici la méthode de réduction
photométrique :
1 : réaliser une dizaine d'images du ciel au crépuscule.
Pour avoir un fond de ciel aussi constant que possible, Il faudra pointer
le télescope à l'opposé du soleil et à une
hauteur importante au dessus de l'horizon. Bien vérifier qu'aucun
pixel n'est saturé et que le niveau moyen de l'image est égal
ou supérieur à la moitié de la dynamique du récepteur.
2 : réaliser une dizaine d'images dans les mêmes
conditions de température et de temps de pose mais dans l'obscurité
totale.
3 : calculer la carte de PLU (Plage de Lumière Uniforme).
Pour cela faire la somme des images de fond de ciel, puis la moyenne des
cartes d'offset. Retirer ensuite de la somme des N PLU N fois la moyenne
des offsets.
4 : juste après l'observation du phénomène,
faire une carte d'offset dans les mêmes conditions de prise de vue
que celles de l'observation (en particulier en cas de fenêtrage,
conserver ce fenêtrage pour cette carte).
5 : finalement pour chaque image du phénomène
il faudra retirer la carte d'offset, multiplier par la valeur moyenne du
PLU puis diviser cette image par la carte de PLU (1).

3. Calcul du flux d'un objet
Nous supposerons maintenant que les corrections radiométriques sont réalisées. C'est à dire que l'intensité de chaque pixel est proportionnelle au nombre de photons reçus. Il faut maintenant isoler les satellites sur l'image et calculer leur flux.
a) Simulation du diaphragme d'un photomètre
Lorsque le fond de ciel est régulier (c'est à dire par exemple si on n'est pas trop près du limbe de Jupiter), le plus simple est de simuler un photomètre. Il suffit donc de calculer la somme des pixels situés à l'intérieur d'une fenêtre centrée sur un satellite (cette fenêtre peut être carrée ou circulaire), on notera S1 cette somme et N1 le nombre de pixels. On fait le même calcul pour une fenêtre plus grande, on aura donc F1 et M1. On calcule le "fond de ciel" sur la partie extérieure de la deuxième fenêtre (2). Le flux du satellite est ensuite calculé sur la première fenêtre (3).

Lorsque l'on dispose dans le champ d'un objet de référence (en général un autre satellite galiléen, plus rarement une étoile suffisamment brillante), on va calculer son flux pour chacune des images. Ce flux sera supposé constant pendant toute la durée du phénomène. Si Flux2 est le flux de l'objet de référence S2, le flux du satellite occulté ou éclipsé S1 sera:
On aura donc:
Cette technique permet d'observer un phénomène dans des conditions difficiles: proximité de Jupiter (les fonds 1 et 2 peuvent être différents), variation de l'absorption ou passage de nuages légers (Flux1/Flux2 reste constant), crépuscule (le fond de ciel varie exponentiellement mais est retiré de chaque image). On consultera les courbes de lumière corrigées par cette méthode au paragraphe 5. b) de la Note Technique n°8).
c) Ajustement d'une gaussienne
Une deuxième méthode consiste à ajuster un profil mathématique de type gaussien (4). Le flux total de la gaussienne peut alors se calculer simplement (5).

4. Calcul du flux lorsque le fond n'est pas régulier
Il peut arriver que le fond de ciel ne soit pas régulier. En
effet, la proximité du limbe de Jupiter, les figures de diffraction
du support du miroir secondaire ou le crépuscule peuvent perturber
de façon importante l'uniformité du fond de ciel. La méthode
de photométrie d'ouverture atteint ici ses limites. Il est alors
nécessaire d'ajuster une surface mathématique sur le fond
de ciel puis de la retirer à l'image pour réaliser un fond
synthétique "plat". Comme la réponse du CCD est linéaire,
on peut alors utiliser les méthodes précédentes. La
surface ajustée est souvent un polynôme de degré 2
ou 3. L'observation de ces phénomènes "difficiles" est certainement
un des grands intérêts des observations CCD.
5. Astrométrie
Pour les occultations, on peut également faire une réduction
astrométrique pour mesurer les positions relatives des deux satellites
au cours du temps quand ils s'approchent l'un de l'autre puis quand ils
s'éloignent.. Pour cela il faut observer longtemps avant et après
le phénomène (45 minutes), en effet lorsque les satellites
sont très proches, il est impossible de les séparer. La cadence
d'acquisition peut se réduire à 1 à 2 images par minutes.
Pour calculer le centre il est nécessaire d'avoir un fond ciel "plat".
Donc, comme pour la photométrie de retirer un fond synthétique
s'il le faut. On peut délimiter le satellite en ne prenant en compte
que les pixels au dessus d'un seuil égal par exemple à la
valeur du fond de ciel plus 4 à 5 fois l'écart type du bruit
de fond. Une fois ces pixels isolés, il suffit de calculer leur
centre de gravité ou d'ajuster une surface gaussienne.
La calibration astrométrique est délicate. Cependant
la détermination du temps du minimum de distance entre les deux
satellites est possible sans calibration. Le minimum de distance peut être
calculé en ajustant l'échelle sur les vitesses des satellites
qui sont mieux connues que les positions.
Pour avoir des positions suffisamment précises la longueur focale
de l'instrument devrait être au minimum de 10 mètres.
6. Méthode à suivre pour observer les phénomènes mutuels
a) Datation des images
Comme pour toutes les observations de phénomènes mutuels, la détermination du temps est fondamentale. Se méfier du temps interne des micros-ordinateurs, en particulier pour les compatibles PC. Se méfier tout particulièrement des cartes-horloge qui bien qu'étant extérieures à l'ordinateur n'en sont pas pour autant fiables. Une bonne façon de faire est de lancer des séries de poses de une minute en refaisant une mise à l'heure entre chaque série. On ne se fie donc que localement à l'horloge de l'ordinateur. On peut imaginer une remise à l'heure automatique avec une horloge réellement extérieure comme un récepteur de signaux horaires.
b) Conditions d'observation
Il est important d'avoir une longueur focale importante (supérieure
à 5 mètres) de façon que l'image du satellite soit
répartie sur plusieurs pixels. En effet, il existe entre chaque
pixel une zone non sensible. Si l'image est trop concentrée, une
grande partie du flux peut ainsi être perdue dans ces zones. Le changement
de position du satellite d'une image à l'autre peut alors entraîner
un fort bruit dans la mesure du flux. Si on ne fait que de la photométrie,
il peut être avantageux de défocaliser légèrement
le télescope.
Le temps de pose devra être suffisant pour que le flux soit important.
En effet il ne suffit pas de détecter le satellite, il faut que
la mesure de flux soit la plus précise possible, donc que le rapport
signal/bruit soit important. Le temps de pose peut aller jusqu'à
plusieurs secondes si le phénomène n'est pas trop court (plus
de 5 minutes). Attention aussi à ne pas saturer le CCD. Si on fait
des mesures astrométriques en plus, un filtre large est intéressant
pour diminuer les aberrations chromatiques. Les CCD étant d'ordinaire
sensibles dans le rouge et le proche infrarouge, un filtre passe-bas de
type RG 695 (Schott) est bien adapté. La sensibilité globale
de l'acquisition est seulement diminuée par deux.
Afin de pouvoir compenser les variations de transparence au cours du
phénomène, il est intéressant d'avoir un satellite
non impliqué dans le phénomène sur l'image. Il faudra
alors appliquer un double fenêtrage. Les cartes d'offset et de PLU
doivent être réalisées le plus près possible
de l'observation. La température du CCD devra être régulée
le mieux possible (à 0.1° près). Pour la sauvegarde,
on a le choix entre ne pas sauver les images (mais en faisant des mesures
de flux directes) et augmenter la vitesse d'acquisition, ou bien sauver
toutes les images et faire la réduction ensuite. Comme le temps
de pose sera couramment supérieur à 1 seconde, le temps de
sauvegarde de l'image (environ un dixième de seconde) n'est plus
prépondérant. Les phénomènes mutuels étant
rares, il semble plus prudent de garder les images. Par contre on peut
être limité par la taille du disque dur. Il ne faudra alors
sauvegarder qu'une partie de l'image.
7. Intérêt et précision des observations CCD - Exemple
L'observation du 13 novembre 1990 au télescope de 1 mètre
du Pic du Midi permet de bien juger la précision des mesures photométriques
(cf. le catalogue PHEMU91 sur le serveur ftp://ftp.imcce.fr). On a utilisé
un filtre RG 695 au foyer direct ouvert à F/17. Le phénomène
était de faible amplitude, cependant on peut estimer que l'écart
type des mesure est de l'ordre du centième de magnitude. La précision
astrométrique est de l'ordre du dixième de pixel par image.
8. Conclusion
On constate donc que si les calibrations photométriques sont
bien faites, les observations CCD sont aussi précises que les observations
photoélectriques. Ceci est d'autant plus vrai, qu'une partie importante
du bruit provient du scintillement du ciel. De nombreux phénomènes
impossible à observer avec un photomètre deviennent accessible
avec une caméra CCD et un programme de traitement d'image. On peut
même observer en plein jour avec des filtres infrarouges comme le
filtre I.